Des le dimanche suivant, c'est le stress absolu pour moi. Je démantèle tout l'appartement a la vitesse de la lumière: enlève les rideaux, transporte des valises entières de choses, enlève tous les tableaux des murs, nettoie.... Je suis épuisée en soiree. Nous vidons le congélateur et frigidaire, j'espère ne pas trop jeter...
Le lundi, j'ai mis donc mes cours d'ulpan en suspend: j'ai promis de rattraper, mais je ne sais vraiment pas quand j'aurais le temps. La maison a pris une autre allure, se vide. Cela redevient impersonnel et froid. J'emporte a nouveau des affaires dans le nouvel appartement qui a l'air d'un depot ensuite. Le voici vide, avant d'y entreposer mon bazar. Je ne veux pas voir. Je fais un saut chez tata Jeannot avec nos affaires, chez qui nous avons decide de dormir plusieurs nuits. Les heures s'écoulent dans une activité frénétique tres stressante pour moi. Je me demande si je vais y arriver tellement je dois tout gérer seule. Demain matin, c'est le grand jour. Les déménageurs arrivent a 8 h pour tout emballer.
Mardi, je suis sur le pont a 6 h du matin, impossible de dormir. Le camion arrive vers 9h (c'est l'heure du moyen-orient, au moins une heure de retard sur tout). Je me suis battue pour avoir la rampe d'acces libre sur le parking, il n'y a pas une personne compliant a la ronde, ce qui me révolte. Finalement, ils sont la, une équipe de 4 personnes pour emballer ma vie entière, une nouvelle fois. Ils se mettent au boulot de suite, papier, papier bulle, saran, matelasse. Tout est emballe comme les emballages de Christo (l'artiste).J'ai preu des boissons et des snacks que je suis rapidement allée chercher ce matin tot et ils apprécient. Je suis partout a la fois, vérifie tout ce qu'ils font mais j'ai l'impression que mon cerveau est en arrêt total, incapable de réfléchir, de rationaliser et de structurer avec bon sens et intelligence. Je vois tout disparaitre dans des cartons qui s'amoncellent partout. Le tout soulève une quantité de poussière impressionnante pour un appartement somme toute propre. L'emballage de notre vie prends la journee entière. Nous faisons tous des breaks, boissons, cigarettes, puis un lunch break ou je file au nouvel appartement vide ou Elie a élue domicile: c'est bien ma veine, il vient de décrocher un contrat pour un boulot jeudi et ce weekend a venir avec un salaire d'un mois. Je ne veux donc pas l'empêcher de performer au mieux et de gagner son salaire avec aisance. Nous mangeons des falafels tout chauds qui viennent du petit marchand de la rue Beth Lehem juste au coin. Ils sont tres bons et vont faire l'affaire pour nos déjeuner de la semaine. Je repars alors qu'il continue son entrainement. L'après-midi s'étire, je ne vois pas le travail se terminer ce soir.... Il reste encore beaucoup de choses, et surtout nos deux lits et notre penderie a démonter. Je suis super angoissée pour celle-ci qui est fixe au mur. Vers 5 heures, ils decident que ca suffit, ils termineront demain avant de charger le camion, puis de le decharger. Je leur donne un bon tips, ils sont contents et s'en vont jusqu'a demain. Le team lead me dit qu'ils seront 7 demain, ca avancera plus vite. L'appartement a un air de destruction apres bombardement. Je termine ma journee épuisée, contrite, terriblement triste. Je suis contente d'être seule pour ces reflexions qui n'appartiennent qu'a moi. Il reste encore mon olivier sur la terrasse. Les lits sont éventrés, les matelas emballes contre le mur. J'abandonne le navire et rejoints Elie pour le diner a la pizzeria: une semaine invariable de falafels/lunch, pizza diners. Se retrouver au restaurant me relaxe. Nous sommes chez Romi, les pizzas sont bonnes. Une fois n'est pas coutume, je m'offre un Fanta orange (vous ai-je deja dit que c'est ma boisson préférée, meme si c'est le pire poison je pense, et que je connais la composition exacte de produits chimiques utilises) Apres une bonne pizza a la mozza/basilic, nous rentrons enfin dormir chez tata Jeannot. Je suis habillee comme une clocharde, pantalon de yoga et T-shirt sales. Nous prenons une bonne douche et nous glissons dans les lits propres que la petite Indienne nous a prepares. J'ai laisse la chambre a Elie et dors dans le salon. Je suis tellement fatiguee que cela n'a aucune importance ! J'ai apporte tout mon coffre de bijoux que je laisse ici jusqu'a ce que notre situation se stabilise dans le nouvel endroit.

Le mercredi est le grand saut. Levee a nouveau a l'aube, je prends un bon cafe avec des biscuits et file retrouver les déménageurs avec un nouveau sac de boissons et de snacks. Ils arrivent cette fois insanely tard, il est pres de 11 h du matin ! Je suis sur les dents, et suis convaincue qu'ils n'arriveront pas a tout boucler avant ce soir. Il;s se mettent au boulot de suite. Alex, le team lead qui avait fait notre déménagement de Washington DC est la. Il a change, il est pretty handsome ! Et tres gentil. Je suis contente qu'il prenne le lead. Il remonte rapidement les lits et l'armoire a lui tout seul, et les derniers cartons sont vite boucles. Le ballet commence ensuite avec l'ascenseur pour descendre la cargaison. Le frigo doit etre mis en piece pour rentrer dans l'ascenseur. J'attrappe au vol un gars qui avait emballe et descendait la machine a laver qui reste ici ! Ils la déballent et la remettent en place. Je n'ai pas fais attention, mais ils ont egalement emballe le remote control de l'air conditionne qui etait sur la bibliothèque... J'ai le tournis, suis fatiguee de si peu de sommeil ces derniers jours, ai les jambes qui gonflent. Le temps est beau et chaud et j'aimerais etre a la plage au lieu de me taper un deuxième déménagement en un an. Je maudis la vieille (la vieille dame proprietaire qui m'a bien roulee en me promettant un contrat longue duree, puis m'expulsant littéralement onze mois apres). Je ne décolère pas. Enfin, la pause repas, il est pres de 2h. Je retrouve Elie 500 mètres plus loin et nous avalons un falafel a nouveau, pour repartir a nos activités l'après-midi. Apres leur pause, les déménageurs ont termine le chargement du camion. Tout est plein, bien arrange et stocke. J'ai laisse ma derniere lessive a sécher, tous les produits de nettoyage, balais et aspirateur pour dimanche et quelques bricoles que je rapporterais en voiture apres. Je ferme la maison, nous quittons les lieux. Le camion se gare devant l'entree du nouvel appartement, 500 mètres plus loin. Le coiffeur qui partage notre parking, Amir, est tres coopératif et gentil. C'est un Israélien baraque et tatoue, tres viril, bronze et assez attractive. Il m'inspire une certaine sécurité, difficile a expliquer, mais je me sens protégée. Les déménageurs commencent a repartir dans les pieces vides la cargaison qui semble toujours plus importante. Je pense que tout ne va pas rentrer ! Ils empilent comme ils peuvent. Les chambres sont pleines de cartons jusqu'au plafond. L'heure tourne, j'ai le coeur brise de les voir souffler et porter l'électro-ménager, mes canapes si lourds et tout mon bardas par l'escalier, meme si nous sommes au premier étage. Ils sont smart et gentils, mais je les sens fatigues et ils bâclent les derniers moments pour s'enfuir ensuite, non sans avoir remonte les lits et la penderie. Je leur redonne un tips généreux et ils repartent avance le gros camion. Je suis a nouveau seule dans ce nouveau champs de bataille. Excédée, fatiguée, sale. J'ai envie de pleurer d'avoir a repasser malgré moi par cette épreuve a mon age. Je passe et repasse a travers les pieces, me désole de la vétuste de l'appartement, des robinets qui fuient, de la poussière, d'un tas de details qui ne sont pas du standard d'ou je viens, de l'Amérique ou tout semble si facile, si propre, le confort si evident ! Ils m'ont arrange et empilées mes deux machines a laver et sécher sur le patio et les ont branchées. C'est vraiment sympa. Au moins, j'ai mon lave-linge fonctionnel. j'arrange un peu les choses, shuffle d'une piece a l'autre, puis il est deja 7 h du soir et je rejoints Elie a la pizzeria. Nous mangeons notre pizza et rentrons dormir a nouveau chez tata Jeannot. Elle est si contente de nous avoir pres d'elle ! Je ne sais pas comment j'arrive encore a fonctionner, j'ai l'impression d'être un zombie.
Le jeudi matin, Elie part donc a la premiere partie de son boulot: conduire l'office (il est Rabbin) d'une magnifique Bar Mitzvah au Kotel, Western Wall, suivie d'un tres beau brunch dans un endroit archéologique. Je suis egalement invitee, mais cela commence a 8 h du matin, je ne connais personne et je suis tellement fatiguee que je le laisse aller tout seul en lui payant le taxi. De mon cote, je prends un petit cafe, puis dois faire quelques courses pour le Shabbat qui arrive: nous nous sommes arranges. Corinne rentre ce soir de Martinique ou elle a passe un mois de vacances. Roland et Patricia nous invitent toutes les deux a diner vendredi soir, et samedi midi nous ferons un repas froid a nouveau, salades, charcuterie et fruits gateaux. Devant la porte de notre nouvel appartement, il y avait une caisse de livraison en provenance d'un moshav avec des produits frais organic, fruits et legumes. L'ancienne proprietaire n'a pas change son adresse dans sa livraison mensuelle et cela fait deux fois que nous héritons, avec l'accord de notre nouvelle proprietaire, du cageot. Tres contente d'y trouver un melon, une pastèque, des poires, des patates douces, carottes, oignons, ail, pommes de terre.... Bien utile en ce moment cataclysmique ! Lorsque j'ai fini mes courses, je commence a ranger. Il y a un bazar incroyable. Je ne sais pas par ou commencer, mais petit a petit je demarre. La grande armoire penderie de ma chambre est bien pratique et vide, ce qui me permet de ranger mes affaires rapidement. Elie a egalement sa penderie remontée et peut ranger ses vêtements et chaussures. Il est ravi. Je vide autant de cartons que je peux, entrecoupe de notre falafel lunch. J'ai egalement commence a vider les affaires de cuisine en alternance et remplis rapidement tous les placards, meme s'il me reste des montagnes a ranger. En fin d'après-midi, les techniciens d'Internet (nous avons la fibre optique) arrivent pour le transfer du compte. Tout est boucle en un quart d'heure, ils sont tres efficaces et gentils, deux gros arabes. Je leur donne un tips et ils sont tres contents. Internet fonctionne bien ici, quel soulagement ! Je termine par preparer les lits pour le samedi soir. Enfin, épuisée par tant d'action, nous allons manger rapidement au sushi (j'en peux plus du falafel/pizza), puis rentrons nous coucher chez tata Jeannot. Nous avons decide de dormir pour la premiere fois samedi soir dans notre nouveau logement.