Par ou commencer ce récit de ma semaine ?
Dimanche soir, je me suis couchée, puis réveillée lundi a 4h20 du matin, baignant dans une marre de sang. Des que j'ai mis le pied par terre, mon tapis blanc a ete maculée egalement et je n'ai eu que le temps de rentrer dans la salle de bain pour me mettre dans la douche, me laver, me changer, puis venir enlever mon set de draps blancs, les laver et javelliser, meme chose pour le tapis. La salle de bain avait l'air d'une scène de crime et il m'a fallu tout javelliser egalement. Cela m'a pris deux heures. Comme j'avais deja rendez-vous chez mon médecin généraliste ce matin, j'ai pris un peu d'avance et me suis mise a cuisiner une grosse marmite de soupe et une tarte épinards/chevre, juste "au cas ou"... Puis j'ai file en voiture chez le médecin. Malheureusement les résultats de la culture bactérienne n'étaient pas encore la et devant l'urgence du nouveau développement il m'a fait une lettre de référence pour aller au centre des urgences gynéco. de ma caisse qui ferment a 6 h du soir. Comme c'est a cote de la gare centrale et que les travaux gigantesques d'excavation pour la continuité du tram sont loin d'être termines, toute la zone est impraticable et surtout ingarable. Je rentre et consulte Elie pour le mieux a faire et nous décidons de prendre le bus, qui est direct. Je ne me sens pas trop mal. Il nous faut cependant plus d'une heure pour arriver, puis encore un temps fou pour trouver. Enfin dans l'antre des emergencies, nous prenons un ticket. Elie est avec moi, aide aux traductions et a l'orientation; Je n'y comprends vraiment rien (ni au systeme, ni a la langue). Heureusement, il y a des anglophones et je navigue au mieux, allant d'une analyse d'urine au prélèvement sanguin et aux tests complets. Le médecin de la sonographie est tres sympa et nous discutons. Inutile d'attendre le compte-rendu, je vois tres bien de quoi il s'agit et pourquoi je fais ces infections urinaires a répétition: une grosse masse comprime ma vessie. En plus de polypes qui ont l'air de saigner. Je soupire... La derniere étape est la discussion avec le gynéco. qui me demande d'aller a l'hôpital pour la confirmation du diagnostic et le traitement, probablement chirurgical. Il est tard, la nuit est tombée. Il reste un monde fou aux urgences! Je négocie de rentrer chez moi ce soir, de dormir et d'aller directement a l'hôpital demain matin pour le meme cycle d'examens. Je suis épuisée, Elie aussi, nous avons faim et pas mange de la journee. Nous nous arrêtons a M'ahane Yehuda, le marche central de Jerusalem pour manger un peu (des sushi incroyablement chers !) puis rentrons nous coucher.
Le mardi matin, m'attends une longue et dure journee.... Au petit matin, je range la maison, mets des lessives, mes draps et serviettes, lance mon lave-vaisselle et prepare une grosse salade pour Elie et un morceau de tarte aux épinards que j'emporte avec moi. Lorsque nous sommes prêts tous les deux, nous délibérons ensemble a nouveau comment rejoindre l'hôpital au mieux. Je decide de prendre ma voiture. Les taxis sont tres chers, les bus compliques, longs et pas directs. Je paierais le pris journalier pour garer ma voiture dans le parking d l'hôpital. Nous y arrivons, il y a un monde fou ! Le temps de se garer et de trouver ou aller, il se passe une heure (voir la maison des fous, Asterix et les 12 travaux). On passe d'un guichet a l'autre, d'un étage a l'autre, a non ce n'est pas ici, jusqu'a nous retrouver aux urgences au milieu des ambulances. Re-depart du "triage" puis on commence a me faire des prises de sang ( tout ce sang !!!) et on m'installe un port, que je ne suis pas contente d'avoir. Je passe d'un building a l'autre, d'un examen a l'autre, urinaire, infirmière, encore des tests... Puis l'échographie a nouveau, meme résultats évidemment; enfin la gynéco., une jeune femme. Elle veut me faire une biopsie de suite et m'installe et se met a l'oeuvre. Elle me fait tellement mal, a vif comme ca, que je hurle et pleure en meme temps. Je l'engueule et lui dit que j'ai besoin au moins d'un sédatif et de pain killers. Il y a du sang partout qui coule, elle essuie avec du papier, en badigeonne le sol, les murs... Puis jette l'éponge et appelle un collègue mâle plus age. Il arrive avec la meme démarche et jette l'éponge egalement; La salle d'examen a l'air d'une scène de crime a nouveau. Je suis entièrement maculée de sang, je me relève. Nous discutons tous les trois et convenons de faire d'une pierre deux coup et de tenter l'opération de suite. Il faut enlever tout ca. Comme je ne jeune pas bien entendu, nous devons attendre 6 h et l'intervention est planifiée pour 7 h du soir. Je n'ai rien avec moi, pas prevu de rester au dela de la soiree, pas d'affaires, de brosse a dent, rien ! Elie rentre a la maison, je lui dis que ce n'est pas nécessaire qu'il reste encore des heures dans les couloirs. Il sera mieux a manger, prendre sa douche et dormir. J'attends de mon cote dans le couloir qu'une chambre se libère dans le service. J'ai le temps de ruminer mais surtout stresser un peu; je n'ai jamais appréhendé une chirurgie, mais cette fois, je me sens craintive (ce qui n'est pas ma nature), peut-être a cause d'un évènement tragique récent qui m'a beaucoup touchée, le deces d'un jeune papa de 33 ans d'un arrêt cardiaque apres une intervention chirurgicale bénigne. Enfin, a pres de 6 h du soir, je monte dans un service bonde ou un lit a ete prepare pour moi. Je suis les instructions et attends, habillee d'un set de chemise de nuit de coton et peignoir assorti, pas mal du tout. J'ai froid, il y a la clim et je n'ai meme pas un gilet. On me donne une couverture et me voila prête. Mon port étant deja installe, je n'ai plus qu'a attendre d'être au bloc. Enfin, a plus de 8h, on vient me chercher, me prepare, me perfuse et je rentre au bloc. L'anesthésiste est la et tout se joue rapidement. L'intervention se fait avec l'aide d'une camera en plus des instruments de curetage. Elle dure une heure et je suis de retour en salle de réveil a 9h45. A 10.15h, on me remonte dans ma chambre et me laisse dormir (apres prise de tension et oxygen saturation: je suis a 95%).
A 4h20 du matin le mercredi, la personne qui partage ma chambre allume la lumière, fait un bruit pas possible, utilise son telephone et écoute de la musique. Je suis révoltée, j'ai envie de rentrer chez moi !!! Impossible de me rendormir. Je suis de toute facon reveillee toutes les demies-heures pour la tension/oxygene et pour une prise de sang matinale. Apres 6h du matin, je meurs de faim. J'ai avale un cafe hier matin et une tranche de tarte aux épinards a midi, et depuis, plus rien. J'attends donc le petit déjeuner avec impatience. A 8 h, toujours rien. A 8.45h, l'équipe médicale rentre pour la visite, et tout se passe en hébreu. Je ne comprends rien et je suis assez en colère. Heureusement le médecin-chef (qui n'a pas l'air commode, je n'aimerais pas travailler avec !) parle anglais et nous discutons un moment. Les résultats de la culture bactérienne ne lui permettent pas de me prescrire un antibiotique, elle me renvoie vers mon généraliste pour le suivi. L'intervention s'est bien passée, tout a ete retire, la biopsie faite et résultats dans deux semaines. Elle me propose de rester si je veux un jour de plus, mais la présence de la voisine me fait fuir en courant. Il est 9 h sur ces entrefaites et voila enfin le petit déjeuner, que je dévore en deux minutes; Il est bien équilibré, des protéines, des fruits, des laitages, du cafe... Ce que c'est bon les repas lorsque l'on a pas mange depuis 48 h ! Je propose a Elie de me rejoindre vers 11h, espérant sortir au moment du déjeuner. Lorsqu'il arrive, malheureusement nous apprenons que les sorties ne se font que l'après-midi. Je suis donc séquestrée jusqu'a ma libération. Elie repart. on me sert un repas a une heure (ce sont des horaires définitivement orientaux), puis je suis enfin relâchée. Je file reprendre les rendez-vous pour le suivi dans 3 semaines, et mes prescriptions a la pharmacie de l'hôpital. Puis j'attends Elie, sagement assise sur un siege dans le hall d'entrée d'ou je peux observer a ma guise un fleuron ethnologique extrêmement interessant. Cela me prête a penser profondément. Enfin, Elie arrive, quelle gentillesse et dévotion, j'ai un bon fils. Il me fait sourire, me raconte des blagues, m'imite. Nous reprenons la voiture garee dans le parking et rentrons au moment des embouteillages du soir a la tombée du jour. Le ciel est rose-orange, c'est superbe. Ces jours-ci il a d'ailleurs fait tres doux et beau. Des que je rentre, je file sous une longue douche chaude ou je me récure entièrement, puis me change, mange une bonne assiette de soupe et vais me coucher enfin !
Le jeudi, j'ai rendez-vous avec mon médecin pour le follow-up et pour l'ordonnance d'antibiotiques. Je ne me sens pas trop mal, bien que fatiguee cependant. Je fais un tas de petites choses le matin a la maison, prepare le lunch pour Elie et son copain avec qui il travaille l'après-midi, et pars tranquillement a pied chez le médecin, a la clinique qui se trouve a 15 minutes a pied de la maison. Il fait beau et doux, je marche doucement. Il me reçoit rapidement, je lui remet le compte-rendu opératoire, mon imagerie, il me prescrit mes antibiotiques. Tout est boucle en 10 minutes. Puis je fais la queue a la pharmacie. Il y a beaucoup de monde, des enfants qui courent, les pharmaciens pas presses... j'ai la tete qui tourne et mes battements cardiaques qui s'accélèrent. Je m'accroche au comptoir et dis au pharmacien que je me sens mal. Le temps que je donne mon ordonnance, je vois tout blanc et m'écroule sur le sol. Je me suis évanouie. Dr Gordon est rappelé, il me porte jusqu'a l'infirmerie de la clinique, rebelote prise de tension, ECG, on m'allonge, me surélève les pieds, me donne a boire, appelle mon fils. Je reviens doucement a moi et n'ai qu'une envie, me coucher et dormir ! je me sens si fatiguee ! Elie passe me prendre avec son copain, et nous rentrons pour que je file au lit. Corinne et Patricia sont devant la porte pour me rendre visite. Elie les installe dans ma chambre sur un fauteuil. J'aurais préfère dormir de suite ! Lorsqu'elles s'en vont, je réchauffe ma délicieuse soupe et sors la compote de mangues que j'ai faite egalement le matin "au cas ou"... Des mangues du marche trop mures pour etre vendues que les vendeurs vous offrent. J'en ai eu plus d'un kg, que j'ai pelees et cuites avec un peu de sucre roux. Le saladier est plein et quelle satisfaction ! Apres le diner leger, je me douche et me ravale entièrement, puis vais aller dormir. Demain va encore etre une rude journee pour moi...



































