Lundi, derniers préparatifs: on doit récupérer le materiel medical le matin. Je me sens un peu stressée. Nous partons en voiture pour récupérer le materiel d'handicape nécessaire pour les premiers jours dans un organisme appelé "Yad Sarah", la main de Sarah. C'est un organisme de bénévoles qui prête, moyennant. une caution, tout le matériel, de la chaise roulante aux béquilles en passant par tout ce qui est nécessaire, réhausseurs, lits adaptes etc... Nous avons du mal a nous garer mais finalement nous trouvons un petit spot pas trop loin. Il fait tres chaud. Il y a beaucoup de monde a l'intérieur et nous attendons, puis notre tour arrive et nous passons commande: un déambulateur, des béquilles et un réhausseur. Voila, je suis parée, tout est engloutis dans le coffre. A l'extérieur, il y a des vendeurs de poterie pour les fetes de Rosh Hashanah et je m'arrête bien sur. Tout est ravissant, de petites assiettes en forme de grenade ou de feuilles de vigne... Je prends une pile avec l'intention de faire mes petits paquets de douceurs pour la fete a distribuer a la famille. Comme Elie me conseille de tout passer au miqve avant d'offrir, nous en prenons la direction. Il est situe sur la Tayelet, un quartier en expansion qui rentre dans les "territoires" a l'est de Jerusalem. C'est la que se trouve l'ancienne residence du dernier gouverneur de Palestine, lors du protectorat Britanique avant 1948, malheureusement convertie en building des United Nations qui ne se visite pas. Comme le quartier est frontalier avec les arabes, il est encore accessible financièrement et j'envisage d'investir la. Apres avoir rapidement stoppe au miqve, nous continuons la route car je veux commencer a faire du repérage et voir. L'endroit est époustouflant de beauté, la vue est imprenable sur Jerusalem. Tout est encore a l'état de développement, mais on commence a voir des residences de standing qui poussent comme des champignons. La "Tayelet" est une promenade tres large, bordée de palmiers. Situe pas tres loin de chez nous, sur une montée, elle est en train de se developper avec des restaurants, des petits cafes et des boutiques. Dans la perspective, il y a un grand parc public qui est somptueux et bien aménagé. Les bus de touristes s'y déversent pendant la saison. Nous passons d'abord devant la residence du dernier gouverneur qui est en totale reconstruction. Les jardins sont tous fleuris. Si seulement on décidait de virer les United Nations et de redonner a cette residence son patin d'antan, en l'ouvrant au public ! (Netanyahu ou Moshe Lion, le maire, devraient me prendre comme conseillère...). Puis nous partons dans le parc. Il fait tres chaud, c'est l'heure du déjeuner. Je suis émerveillée. D'ici, on voit la vieille ville, le Kotel et la mosquée El Aqsa, mais aussi la colline du mont des oliviers, chère aux chrétiens. Il y a une tres belle église orthodoxe Russe la-bas. Puis on balaye la ville entière, toute en descentes et montées. Le moulin de Montefiore, le King David Palace, un bâtiment rouge qui nous laisse perplexes (un temple Tibétain ?), bref, un enchantement. Je suis éblouie de tant de beauté si près de la maison !! Sur l'esplanade surplombant la vue, il y a un drôle de petit restaurant appelé "the Spot". C'est un espèce de container a deux étages avec un balcon au dessus protege par des bâches pour le soleil. Ils vendent de la nourriture simple, assez cher bien sur, c'est pour les touristes, mais nous sommes alleches par le menu: foccacia fromage romarin figue, foccacia tomates cerises burrata, sandwiches pain brioche au saumon fume... Nous passons commande et filons a l'étage nous installer sur une des petites tables a nappes aux carreaux rouges et blancs. Tout est calme, il y a peu de monde. Nous dégustons littéralement tout, de la vue a la nourriture en passant par la quietude et le temps parfait. Nous prenons un tas de photos. Ce moment me fait un bien fou dans le stress de mon intervention demain et me repose. Nous passons un long moment a nous promener, admirer la vue et rentrons finalement a la maison assez tard. Mais quelle belle journée ! Je finalise mes jolis paquets le soir avec les poteries, du miel, du nougat et de jolies cartes de voeux, avec de beaux rubans et du papier cellophane... J'ai garde les assiettes en forme de feuilles de vigne pour moi, j'en ai maintenant 4 pour le service. Contente !
Mardi, Corinne m'accompagne en voiture a l'hôpital avec Elie qui restera pendant la chirurgie. Nous avons rendez-vous a midi, mon intervention étant prevue en debut d'apres-midi. Mon sac est prêt avec mes petites affaires. Nous arrivons a l'heure et Corinne repart en me laissant avec Elie. Il est aussi stresse que moi, bien que je sois au fond tres relax et tres confiante en l'équipe médicale. Apres etre passes au secretariat, nous attendons. Au milieu de l'après-midi enfin, une infirmière vient me chercher pour me preparer. Je passe a la casserole pour la perfusion (mon D-ieu ce que je déteste ca ! mes veines sont difficiles a trouver et il faut un tres bon piqueur pour ne s'y prendre qu'a une fois) L'infirmier qui me pique est jeune, mais tellement professionnel que tout est place en deux secondes, sans (trop) de douleur. Qu'on arrête de nous bassiner, un cathéter inséré dans une veine ca se sent. On m'annonce ensuite que ma chambre est prête. C'est une chambre commune, nous sommes trois séparées par des rideaux. Je m'en fiche pas mal honnêtement. C'est la qualité des soins qui compte, pas le service hotelier et on sait ce qu'il vaut en general. Elie suit le mouvement et nous plaisantons. Je m'installe, enfile le ravissant uniforme du bloc et nous attendons. Le temps passe et la nuit arrive. Je commence a m'inquiéter un peu, je sais que l'intervention prend trois heures, je ne me sens pas confortable d'être opérée en pleine nuit pour une non-urgence. Elie suit, et finalement nous descendons en ascenseur jusqu'au -2. On m'installe sur mon lit dans la salle de réveil. Vers 6 h, l'anesthésiste passe rapidement. Je ne comprends rien a son accent, Elie doit me traduire. Il est parti pour une péridurale, que je refuse catégoriquement. Il semble étonné (je pense que les patients acceptent tout !) Je réclame donc une anesthésie générale, qu'il accepte. Je commence a stresser a cause de l'heure. Enfin a 6.30h, ils viennent me chercher pour m'emmener au bloc. Elie suit jusqu'au bout, puis bifurque pour aller diner et prier pendant mon operation. Je rentre dans le bloc, Dr Israel Yadin est la, grand, chauve, avec des lunettes, souriant. On m'installe sur la table étroite et glacée, me place la perfusion et l'anesthésiste me souhaite bonne nuit.... Lorsque je me reveille, en salle de réveil, je regarde l'immense horloge au mur qui marque 10h 30. Je suis la apparemment depuis un moment. Je me souviens de Yadin me disant: "c'était bien moche, surtout les tissus autour et j'ai du nettoyer. Il etait temps" Duh ! Je vomis un coup et suis nauséeuse. Je sens mon lit qui bouge comme un bateau qui fait naufrage: on me ramène dans ma chambre ou l'on m'installe. Il est 11h. Je suis contente de pouvoir continuer a dormir car je suis encore bien anesthésiée. Je checke mon état: pas de douleur. J'en suis extrêmement surprise.
De mercredi a ma décharge... Je somnole toute la nuit, réveils toutes les heures pour les signes vitaux, pour une nouvelle perf, pour me changer. Puis le matin, le menage, les premiers teams, les douches (pas pour moi ce matin) le petit déjeuner (sérieusement comme si j'avais faim !!) puis l'équipe des médecins, satisfaits de mon assessement du jour. Vient ensuite une grosse journée, la premiere. Dur dur. Comprimes, perfusions, vitals...puis le lunch. Immonde comme dans tous les hôpitaux du monde. En meme temps, ce n'est pas sense etre un hotel 5 étoiles. Je ne touche rien, je n'ai pas faim, le yaourt du matin m'est deja reste sur l'estomac. Le physical therapist arrive, me fait lever. Contre toute attente, ca va, je n'ai meme pas mal. J'arrive a marcher avec le déambulateur. Elle est Americaine et elle est impressionnée par mes prouesses. Au retour, je suis tout de meme contente de m'allonger, je me sens épuisée. Et nauséeuse. J'attendais la visite d'Elie et de Corinne cet après-midi, mais ils arrivent tot. Je me sens tout a coup mal et vomis tout le petit déjeuner, partout. Quel accueil ! Je suis mortifiée et confuse, mais il n'y a rien que je puisse faire. Je suis sous oxycodone. Il reste une bonne partie de l'après-midi avec moi. Le chirurgien passe, voit que je vais bien et me dis que je peux sortir soit demain (!!!) soit vendredi. Pour plus de sûreté, j'opte pour le vendredi, le jeudi me semble vraiment premature apres une chirurgie de ce type. Rassurée par moi-meme, je continue ma journée bien remplie. Ils m'ont installe un système de drainage des jambes, pour activer le système lymphatique et lutter contre les caillots de sang, principale consequence de l'inactivité apres chirurgie. C'est rigolo, l'appareil compresse mes jambes puis relâche, un peu comme un tensiomètre. Elie et Corinne s'en vont. Elie doit revenir demain en tram. Corinne viendra me chercher vendredi. Ma soiree est calme, diner ou je ne touche rien, somnole, puis le ballet des vitals, medicaments, perfusion. On me rajoute un anti-vomitif. Je m'amuse avec le lit qui monte et descend, c'est super pratique. Je vais maintenant aux toilettes seule, descend du lit, enfourche mon déambulateur, marche, ouvre la porte et m'installe sur le siege avec réhausseur. ils sont évidemment bien équipés ici. Je me lève d'ailleurs souvent, j'ai toujours eu un transit plutôt rapide. De ce cote la au moins, tout va bien. Je somnole toute la nuit. J'ai un peu mal pendant la nuit lorsque je bouge, mais c'est tres en dessous de ce que j'attendais.
Jeudi matin, je me sens deja plus en forme. Lever, douche avec une aide éthiopienne, petit déjeuner avec bagel. Les médecins qui passent me disent : "vous êtes encore la ?" Le physical therapist du jour passe, c'est un Israélien mignon avec une petite queue de cheval. Il m'emmène monter et descendre les escaliers. A ma grande surprise, je suis capable de monter et descendre sans mal. C'est un peu magique et je me demande quand aura lieu le réveil et la douleur associée. Je suis encore un peu sous anesthésie, qui fut longue et profonde, plus les opioides. Alors que je somnole au retour, un jeune homme qui ne parle qu'en hébreu me demande si je veux quelque chose. Je ne comprends pas et lui répond que je n'ai besoin de rien. Rentre alors une dame plus âgée qui parle anglais et me demande si je veux un the ou un gateau. Je suis un peu surprise et lui répond qu'en effet j'adorerais un bon the ! Elle revient avec, sert du cafe et des gateaux a mes voisines. Je vois passer la petite cariole ensuite dans le couloir, bariolée, avec les thermos de the et cafe et les piles de gateaux. C'est a nouveau un organisme de bénévoles qui distribuent du the/cafe et des gateaux aux gens hospitalises. C'est vraiment extraordinaire et je n'ai rien vu de similaire dans le monde.... Je somnole encore. Le déjeuner arrive et je goute un peu de boeuf braise qui n'est pas mauvais. puis je me repose. Elie me texte qu'il viendra tard. Je suis un peu déçue, je me sens seule, pas beaucoup de visites... A ce moment, rentre deux vieilles dames, l'une avec une canne, environ le double de mon age. Elles sont orthodoxes, perruquees et habillées avec des vêtements bien couvrants malgré la chaleur extérieure. Elles me demandent quelle langue je parle ? Hébreu ? Yiddish ? Sefardic ? Je réponds que je parle anglais. L'une d'elle a l'air ravie et commence une conversation un peu surréaliste avec moi. Elle me demande d'ou je viens et lorsque je réponds Washington DC elle a l'air confuse. Je dois lui expliquer que c'est la ou se trouve la Maison Blanche, la capitale des États-Unis d'Amérique. Elle continue a me poser des questions sur le pourquoi je suis la. Tout le monde a l'air surpris que j'ai deja (a mon jeune age !) une arthrose si destructrice qu'elle nécessite une prothèse. Nous papotons et elles me couvrent de benedictions, de souhaits de bonne fete et de prompt rétablissement. Ce sont également des volontaires qui visitent les malades de l'hôpital pour apporter un peu de réconfort. Elles doivent faire cela depuis bien longtemps deja ! C'est émouvant et tellement rempli d'humanité ! Leur visite m'a fait plaisir, moi qui me sens seule aujourd'hui. Le jour descends. J'attends Elie et lui dis de venir rapidement, après le diner c'est extinction des feux. Il me répond que finalement il ne viendra pas aujourd'hui et qu'il viendra demain me chercher avec Corinne. Je suis hyper déçue. La journée m'a parue bien longue. Cependant, encore une surprise: un vieux rabbin, longue barbe blanche, peottes, habille de noir, bien ventru comme un pere-noel, rentre en coup de vent dans la chambre pour nous donner sa benediction de bonne santé et de quick recovery. Puis il nous souhaite de tres bonnes fetes de debut d'annee ! Encore un volontaire. Lorsque j'étais en vadrouille, ils m'on change mes draps, ce qui me réjouis avant d'aller me coucher ce soir. Le diner arrive, insipide. Je me sens encore nauséeuse. Je m'allonge enfin pour une nuit agitée, vitals, perfusion, etc...
Vendredi est le jour de ma sortie et je me sens en forme pour rentrer chez moi. Pas question de passer le weekend seule ici ! Je suis la premiere sur le pont pour les douches, puis prends un petit déjeuner assise dans mon fauteuil. L'équipe des médecins passe, ils vont remplir les documents de sortie. Je me rhabille et me tiens prête, enfile mes tennis, fais mon sac, le tout aidée de mon déambulateur tout de meme. Puis j'attends. J'entends une belle musique qui me semble proche: violon, clarinette, guitare. Des airs ancestraux tristes Klezmer. Une petite troupe approche et passe dans les couloirs. Encore des volontaires qui apportent de la musique aux malades juste avant Shabbat. C'est tres agréable et je passe un bon moment a les écouter jusqu'a ce que la musique s'éloigne dans d'autres ailes de l'hôpital. Une infirmière arrive pour m'expliquer la suite et enfin m'enlever la perfusion (mon reel point noir) Je me sens délivrée ensuite et prête a m'enfuir ! Mais il me faut attendre Corinne et Elie qui arrivent a midi. Petit drama car Elie a oublie mon sac a la maison avec tous mes documents officiels que je lui avais confies: pas une seule piece d'identité, de carte de santé, de papiers et d'argent. Il a juste ma carte gold qu'il exhibe avec fierté. Du coup, impossible d'avoir mes prescriptions honorées a la pharmacie de l'hôpital (a cause des opioides). Les pharmacies ferment a 2h le vendredi juste avant Shabbat. Nous repartons donc avec Corinne a la maison ou il récupère mon sac au vol et filons a la pharmacie a cote de la maison. Je peux enfin avoir tout ce qu'il faut pour le weekend et on verra pour la semaine prochaine. Rentrée épuisée, je me mets a l'aise, me recouche et me repose jusqu'au soir ou je sors un plat de Shabbat congelé. Je me félicite d'avoir bien anticipe et nous dinons rapidement avant que je ne me recouche avec difficulté. Ma nuit est mauvaise. Le switch au medicament per os est violent, le retour a la maison aussi. J'ai du mal a rentrer dans mon lit, commence a avoir des douleurs, et exhibe rapidement tous les side effects des opioides: sueurs nocturnes, bouche et gorge sèche, nausée, vomissements, dizziness...